Dynamique de couple · 6 min de lecture

Le silence dans le couple : protège-t-il la relation ou s’est-il résigné ?

Plus de disputes, mais plus vraiment de discussions non plus. Juste un calme qui ne rassure pas. Le silence dans le couple n’est pas anodin, et il n’a pas toujours le même sens.

Par Philippine Buisson, thérapeute de couple

Deux tasses de thé côte à côte, symbole du silence dans le couple

Au début, on se disait tout. Puis, petit à petit, certaines phrases ont commencé à rester en travers de la gorge. Une remarque mal accueillie. Une émotion balayée d’un « tu exagères ». Une tentative de dialogue qui a tourné à la dispute. Un besoin exprimé, puis oublié.

Chacune de ces expériences enseigne, sans qu’on s’en rende compte, une leçon simple : ici, parler coûte plus cher que se taire. Alors on se tait. Et un jour, on réalise que le silence a pris toute la place.

Une danse à deux temps : l’un poursuit, l’autre se retire

Les chercheurs Andrew Christensen et Christopher Heavey ont décrit dès les années 1990 un schéma très fréquent dans les couples : la dynamique poursuite et retrait. L’un des partenaires cherche le contact, demande, relance, parfois de plus en plus fort. L’autre, submergé, prend de la distance, se ferme, attend que ça passe.

Le piège, c’est que chaque mouvement alimente l’autre. Plus l’un poursuit, plus l’autre se retire. Plus l’autre se retire, plus le premier poursuit. La psychologue Sue Johnson, fondatrice de la thérapie centrée sur l’émotion, compare cette boucle à une danse que les deux partenaires exécutent sans l’avoir choisie. Chacun est convaincu de réagir à l’autre. En réalité, ils réagissent tous les deux à la même peur : celle de perdre le lien, exprimée de deux façons opposées.

Dans cette danse, il n’y a pas de coupable. Il y a deux stratégies de protection qui se heurtent.

Pourquoi on se ferme : l’inondation émotionnelle

John Gottman a observé que les partenaires qui se referment pendant une dispute ne le font pas par indifférence. Très souvent, leur corps est en état d’alerte : le rythme cardiaque s’accélère fortement, et le cerveau n’est plus en mesure d’écouter ni de réfléchir sereinement. Il appelle ce phénomène l’inondation émotionnelle.

Il a aussi montré que ce retrait silencieux, qu’il appelle le « stonewalling », fait partie des comportements les plus prédictifs d’une rupture quand il s’installe durablement. Pas parce que le silence est mauvais en soi, mais parce qu’il empêche la réparation.

Sa recommandation est simple : quand l’un des deux se sent submergé, mieux vaut faire une vraie pause, d’au moins vingt minutes, en s’engageant à revenir vers l’autre ensuite. La pause devient alors une façon de protéger la conversation, et non de la fuir.

Les deux visages du silence dans le couple

Tous les silences ne se ressemblent pas. Il y a d’abord le silence qui protège. C’est celui qui attend. Il retient les mots par peur de blesser, par peur d’envenimer, ou parce que le moment ne semble jamais être le bon. Il porte encore un espoir : celui que les choses puissent se dire un jour, autrement.

Il y a ensuite le silence qui s’est résigné. C’est celui qui a cessé de croire que parler changerait quelque chose. On a essayé, on ne s’est pas senti entendu, et on a fini par arrêter d’essayer.

La différence entre les deux ne tient pas à ce qu’on ne dit pas. Elle tient à ce qu’on espère encore. Pour savoir où vous en êtes, posez-vous cette question : quand je me tais, est-ce que j’ai peur de la réaction de l’autre, ou est-ce que je n’y crois plus ?

Trois gestes pour rouvrir le dialogue

  1. Nommer le silence à voix haute. Pas pour tout résoudre, juste pour dire : « je remarque qu’on ne se parle plus vraiment, et ça me manque ».
  2. Commencer par un sujet à faible enjeu. Pas le sujet le plus sensible en premier. On rouvre la porte doucement, on reprend l’habitude de se parler.
  3. Observer la réaction de l’autre. Elle en dit souvent plus que n’importe quel long discours. Un sourire, une question en retour, même maladroite, sont des signes que la porte est entrouverte.

Le silence dans le couple s’est construit petit à petit. Il se défait de la même façon. Et parfois, il suffit que l’un des deux fasse le premier pas pour que l’autre ose enfin le suivre.

Pour aller plus loin

  • Christensen, A. et Heavey, C. L. (1990). « Gender and social structure in the demand/withdraw pattern of marital conflict ». Journal of Personality and Social Psychology, 59(1).
  • Sue Johnson, Hold Me Tight: Seven Conversations for a Lifetime of Love (2008).
  • John M. Gottman et Nan Silver, Les couples heureux ont leurs secrets (1999).

Le silence s’est installé chez vous ?

En séance, on comprend la danse qui s’est mise en place et on apprend à se retrouver, à deux ou en commençant par vous. Séances en visio, dès le 12 octobre 2026.

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