Accompagnement · 5 min de lecture

Faire une thérapie de couple seul(e), est-ce que ça a du sens ?

Vous aimeriez consulter, mais votre partenaire ne veut pas en entendre parler. Faut-il attendre qu’il ou elle change d’avis ? Pas forcément. Voici pourquoi commencer seul(e) peut transformer toute la relation.

Par Philippine Buisson, thérapeute de couple

Femme sereine qui écrit dans un carnet, thérapie de couple seul(e)

« Il faudrait qu’on voie quelqu’un. » La phrase est prononcée avec précaution, un soir, et la réponse tombe : « Je n’ai pas besoin d’un psy. » Ou pire, un haussement d’épaules. La porte se referme, et avec elle l’idée qu’on pourrait se faire aider.

Si vous êtes dans cette situation, sachez qu’une thérapie de couple seul(e) est tout à fait possible. Et vous avez probablement plus de pouvoir sur votre relation que vous ne le pensez.

Pourquoi l’autre refuse souvent de venir

Le refus de consulter est rarement un refus du couple. Il cache souvent une crainte : celle d’être jugé, désigné comme le responsable, ou de se retrouver à deux contre un face à un thérapeute. Pour certaines personnes, parler de leur intimité à un inconnu est aussi très inconfortable.

Comprendre cela change la façon de voir les choses. Votre partenaire ne dit pas forcément « je ne veux pas qu’on aille mieux ». Il ou elle dit peut-être « j’ai peur de ce que ça va remuer ».

Un couple fonctionne comme un système

L’approche systémique, née des travaux de l’école de Palo Alto, part d’une idée simple : dans une relation, chaque comportement est à la fois une cause et une conséquence. Vous réagissez à l’autre, qui réagit à votre réaction, et ainsi de suite. Avec le temps, ces enchaînements deviennent des boucles très stables, que chacun rejoue presque automatiquement.

La bonne nouvelle, c’est qu’une boucle a besoin de deux personnes pour tourner. Si l’une des deux modifie sa façon de réagir, même un peu, l’autre ne peut plus réagir exactement comme avant. La danse est obligée de changer.

C’est pour cela qu’un travail individuel peut avoir des effets visibles sur le couple, même quand le ou la partenaire n’y participe pas.

L’attachement n’est pas figé

La théorie de l’attachement, développée par John Bowlby puis étendue aux relations adultes, décrit nos façons de chercher ou d’éviter la proximité. Certaines personnes ont tendance à s’inquiéter du lien et à chercher à être rassurées : on parle d’attachement anxieux. D’autres ont plutôt tendance à prendre de la distance quand l’émotion monte : on parle d’attachement évitant. Ces deux styles se rencontrent souvent, et s’entretiennent mutuellement.

Les chercheurs ont aussi montré que ces styles ne sont pas une fatalité. Des adultes qui ont grandi avec un attachement insécure peuvent développer, au fil de leurs expériences et d’un travail sur eux, ce qu’on appelle une sécurité acquise. Ils apprennent à se rassurer eux-mêmes, à exprimer un besoin sans panique, à rester présents quand la relation se tend.

Et quand une personne anxieuse devient plus sécure, elle poursuit moins. Son ou sa partenaire, moins mis sous pression, a moins besoin de fuir. Sans avoir mis un pied en séance, l’autre peut commencer à se rapprocher.

Ce qu’on travaille en thérapie de couple seul(e)

  • repérer la boucle dans laquelle vous êtes pris tous les deux, et votre part dans celle-ci ;
  • comprendre ce qui se réveille en vous dans les moments de tension, et d’où ça vient ;
  • apprendre à exprimer vos besoins d’une façon que l’autre peut entendre ;
  • vous réapproprier ce qui dépend de vous, sans porter seul(e) la responsabilité du couple.

Le but n’est pas de tout faire à la place de l’autre. C’est de sortir de l’attente, et de redevenir actrice ou acteur de votre relation.

Alors, faire une thérapie de couple seul(e), est-ce que ça a du sens ? Oui. Idéalement, les deux partenaires s’engagent dans la démarche. Mais quand ce n’est pas encore le cas, commencer par soi n’est pas un pis-aller. C’est souvent le premier pas qui rend le second possible. Et il arrive que la porte fermée ce fameux soir finisse par s’entrouvrir d’elle-même.

Pour aller plus loin

  • Paul Watzlawick, Janet Beavin et Don Jackson, Une logique de la communication (1967, traduction française 1972).
  • Pearson, J. L., Cohn, D. A., Cowan, P. A. et Cowan, C. P. (1994). « Earned and continuous security in adult attachment ». Development and Psychopathology, 6(2).
  • Amir Levine et Rachel Heller, Attached (2010).

Et si vous commenciez par vous ?

Un espace à vous, en visio, pour comprendre votre place dans la relation et retrouver du pouvoir d’agir. Premiers rendez-vous à partir du 12 octobre 2026.

Réserver ma séance découverte

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut